Les Belles Dames du temps jadis

Mademoiselle LE BLANC

BLANC (Mademoiselle Le), est le nom donné à une fille sauvage, trouvée près du village de Soigny, à quatre lieues de Châlons, au mois de septembre 1731, âgée d’environ dix ans, puisque le curé qui la baptisa, en 1732, marqua sur le registre avoir enregistré une fille d’environ onze ans, dont le père et la mère nous sont inconnus comme à elle. Cependant le Mercure de France, décembre 1731, lui donne 17 à 18 ans. Les physiologistes s’épuisèrent en conjectures sur l’origine de cette fille ; mais il est indubitable que c’était une enfant abandonnée par quelque naufrage, sur les côtes de France, et qui de forêt en forêt sera arrivée à l’endroit où elle a été prise ; ou bien une enfant du pays, que ses parents désespérés auront exposée dans les forêts, et qui aura trouvé moyen d’y subsister. Car il est reconnu que jamais il n’y eu d’hommes sauvages  (c’est-à-dire, errants, isolés, à la manière des brutes) ; la nature de l’homme ne comportant pas cet état (voyez le Catéchisme philosophique, n°153, édition de 1787). On a rapporté des choses étonnantes de la force et de l’agilité qu’elle avait acquises par une vie dure et une lutte continuelle contre les éléments et la faim.

"La manière, dit Racine le fils, dont elle courait après les lièvres, est surprenante ; elle nous a donné des exemples de sa façon de courir. Il ne paraissait presque pas de mouvement dans ses pieds, et aucun dans son corps, ce n’était point courir, mais glisser ; sa course renverse les raisonnements de notre philosophie à paradoxes, qui veut faire marcher les hommes à quatre pattes."  Ce qu’il y a de plus remarquable, ce fut la facilité qu’on trouva à l’instruire dans les matières du christianisme, facilité qui justifie la définition qu’un ancien philosophe a donné de l’homme, en disant que c’était  un être religieux.

"Que ceux, dit Racine, qui ont tant de mépris pur l’homme, expliquent cette différence entre l’homme et les autres animaux. Voici une fille qui, élevée parmi eux, et longtemps privée comme eux de la parole, n’a eu d’autre objet que de chercher la nourriture de son corps ; sitôt qu’elle entend des hommes se parler elle a bientôt appris la manière d’exprimer comme eux ses pensées ; sitôt qu’on lui parle des choses spirituelles , elle les conçoit.

Ceux qui se chargèrent de l’instruction de cette fille, n’eurent point affaire à un enfant qu ne fait usage que de sa mémoire pour répéter son catéchisme, mais à une personne qui fait usage de sa raison, pour opposer les difficultés qu’elle lui suggère, à ce qu’on lui dit qu’il faut croire… Ce fut pendant qu’elle était chez les nouvelles Catholiques, que feu M. le duc d’Orléans l’alla voir, l’interrogea sur sa religion, et parut très content de ses réponses : elle lui témoigna avoir dessein d’être religieuse, ce qui fut cause qu’on la fit passer dans un couvent à Chaillot ; son peu de santé l’empêcha d’exécuter sa résolution … Elle-même se plaît à raconter son premier état et ne le raconte jamais sans rendre hommage à la miséricorde de Dieu, qui l’en a fait sortir. Et lorsqu’à la mort de M. le duc d’Orléans qui la comprenait parmi ses pensionnaires, on lui demandait si elle ne craignait pas de perdre sa pension, elle répondait avec une confiance admirable : Dieu qui m’a tirée du milieu des bêtes  farouches, pour me faire chrétienne, m’abandonnera-t-il  quand je le suis, et me laissera-t-il mourir de faim ? C’est mon père, il aura soin de moi. " Elle vivait encore en 1754. 



16/11/2010
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