Les Belles Dames du temps jadis

Comtesse de GENLIS

GENLIS (Stéphanie-Félicité DUCREST de SAINT-AUBIN, comtesse de), femme de lettres française, née le 25 janvier 1746 au château de Champcery, près d'Autun, morte en 1830. A l'âge de six ans, elle fut reçut chanoinesse du chapitre d'Alix, près de Lyon, avec le titre de comtesse de Bourbon-Lancy, qu'elle porta jusqu'à son mariage. Son éducation fut d'une grande frivolité. Elle passa des années vêtue en amour, avec un carquois et des ailes ; ensuite elle courut les champs sous l'habit de garçon ; elle apprit le clavecin, la danse, les armes, mais à peine savait-elle lire et former une lettre à l'âge de douze ans. Cependant elle montrait un esprit naturel, vif et singulier qui en faisait un petit prodige.  Elle attroupait les enfants du village sous sa fenêtre pour leur enseigner le catéchisme, composait des vers, des romans, et jouait à merveille son rôle dans les comédies représentées au château. Son père étant mort  elle fut recueillie, avec sa mère restée sans ressources, par le riche financier La Popelinière. Sans perdre son goût pour les plaisirs elle comprit la nécessité de l'étude, s'y livra seule avec ardeur et acquit une instruction, sinon profonde, du moins très variée. Elle n'avait pas seize ans lorsque le comte Bruslart de Genlis, colonel des grenadiers de France, depuis marquis de Sillery, en devint amoureux et l'épousa. Grâce à Mme de Montesson, sa tante, mariée secrètement au duc d'Orléans, Mme de Genlis entra au Palais-Royal, et reçut en 1782 le titre de gouverneur des enfants du duc. Elle présida à l'éducation du prince qui fut plus tard le roi Louis-Philippe et de sa sœur la princesse Adélaïde. On a dit qu'elle contribua par ses conseils à séparer le duc d'Orléans de la cour. Elle émigra en 1793, résida en Suisse, puis en Allemagne et rentra en France en 1800. Bonaparte l'accueillit avec faveur, lui donna un logement à l'Arsenal, et plus tard une pension  de six mille francs pour qu'elle lui écrivit tous les quinze jour sur "tout ce qui lui passerait par la tête" mais principalement sur les usages et l'étiquette de l'ancienne cour. Sous la Restauration elle toucha aussi une pension du duc d'Orléans. Elle occupa une grande partie de sa vie de querelles littéraires, où elle s'engageait comme à  plaisir,  dépréciant les plus illustres écrivains pour se vanter elle-même, et surtout montrant une animosité ridicule à abaisser les philosophes du XVIIIe siècle.

  

Peu d'écrivains ont été aussi féconds que Mme de Genlis. Elle a tenté presque tous les genres, sans s'élever au-dessus du médiocre. Un de ses principaux ouvrages est le Théâtre d'éducation (Paris, 1779-1780, 4 vol. in-12), recueil de petites comédies à l'usage des jeunes personnes, où il y a du naturel, de la facilité, et, sans beaucoup d'invention, de l'intérêt. Il en est de même du Théâtre de société (Ibid., 1871, 2 vol. in-8, souvent réimprimé). Une oeuvre plus forte est Mademoiselle de Clermont (Ibid., 1802, in-8), courte nouvelle historique, dont M.-J. Chénier a dit : "Les caractères de la princesse, de son frère M. le duc et de son amant le duc de Melun, sont tracés avec une vérité charmante. Là, ni incidents recherchés, ni déclamations ; action simple, style naturel, narration animée, intérêt toujours croissant. On croirait lire un ouvrage posthume de Mme de La Fayette." les autres ouvrages de Mme de Genlis sont : Annales de la vertu (Paris, 1781, in-18) ; Adèle et Théodore ou Lettres sur l'éducation (Ibid., 1782, 3 vol., in-8), suite de petits tableaux relatifs à l'éducation, reliés ensemble en forme de roman, et où sont présentées les idées des principaux pédagogues ; les Veillées du château, ou Cours de morale à l'usage des enfants (Ibid., 1784, 3 vol. in-12), recueil de lectures et de contes où il y a de l'intérêt ; la Religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable philosophie (Ibid., 1787, in-8); Discours sur la suppression des couvents de religieuses (1790, in-8), écrit inspiré par l'influence des idées révolutionnaires ; Leçons d'une gouvernante à ses élèves (1791, in-8), ouvrage très rare et qui a été soigneusement retiré du commerce ; les Chevaliers du Cygne, ou la Cour de Charlemagne, conte historique (Hambourg, 1795, 2 vol., in-8) ; Précis de ma conduite pendant la Révolution (Ibid., 1796, in-8) ; Les petits émigrés, ou Correspondance de quelques enfants (1798, 2 vol., in-8) ; Herbier moral, Recueil de fables nouvelles (1799, in-12) ; les Voeux téméraires , roman (1799, 3 vol. in-12) ; les Mères rivales, roman (Paris, 1800, 4 vol. in-12) ; le Petit La Bruyère (Ibid., 1800, in-8) ; Nouveaux contes moraux et nouvelles historiques (Paris, 1802, 3 vol. in-12) ;  Souvenirs de Félicie L*** (1804, in-12)  avec une Suite  (1807, in-12), recueil d'anecdotes curieuses ; la Duchesse de La Vallière, nouvelle historique (1804, in-8) ; Madame de Maintenon, nouvelle historique (1806, 2 vol. in-8) ; Bélisaire (1808, in-8), ouvrage inférieur à celui de Marmontel; Arabesques mythologiques, ou Attributs de toutes les divinités (Paris, 1810, 2 vol. in-12, avec pl.) ; De l'influence des femmes sur la littérature française (Ibid., 1811, in-8), ouvrage plein d'erreurs et de jugements passionnés ; les Bergères de Madian, ou la Jeunesse de Moïse, poème en six chants (Ibid., 1812, in-8) ; Mademoiselle de La Fayette ou le siècle de Louis XIII (Ibid., 1813, in-8) ; les Battuécas, roman (Ibid., 1814, 2 vol., in-12), où MmeSand dit avoir puisé "ses premiers instincts socialistes et démocratiques" ; Histoire de Henri le Grand (Ibid., 1815, 2 vol. in-8), mauvaise compilation ; Jeanne de France, nouvelle historique (Paris, 1816, 2 vol. in-12) ; Abrégé des Mémoires du marquis de Dangeau (Paris, 1817, 4 vol. in-8) ; Pétrarque et Laure (Paris, 1819, 2 vol. in-12) ; Mémoires sur le XVIIIe et la révolution française (Paris, 1825, 10 vol. in-8), publication scandaleuse, à propos de laquelle on a dit que l'auteur, comme les mauvaises dévotes, confessait les péchés de tout le monde, sauf les siens, etc. Mme de Genlis a en outre collaboré au Mercure de France, à la Bibliothèque des romans, etc. Elle a fourni quelques articles à la Biographie universelle, puis, s'étant brouillée avec les directeurs de cet ouvrage, elle en écrivit l'Examen critique (1811-1812, in-8). Elle a donné des éditions de l'Émile de J.-J. Rousseau et du Siècle de Louis XIV de Voltaire, en y pratiquant des suppressions et en y ajoutant des notes et des préfaces du plus mauvais goût contre ces écrivains. Dumonceau a publié l'Esprit de Mme de Genlis, ou Extraits de ses ouvrages (1805, in-12). Cousin d'Avalon a donné un Genlisania (1820, in-12), satire continuellle contre Mme de Genlis.  



27/09/2011
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